Quand Donald Trump redessine la carte de l’Europe pour reconstituer l’empire soviétique.
«L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie », aurait lancé Marx devant le coup d’État en forme de 18 Brumaire de Louis Bonaparte, futur Napoléon III. Ainsi en va-t-il des conférences internationales réunies à Munich pour traiter de la sécurité de l’Europe et du monde. Le 30 septembre 1938 furent signés par Hitler, Daladier et Chamberlain, sous la médiation de Mussolini et en l’absence d’Edvard Benes, les accords qui actèrent le démembrement de la Tchécoslovaquie. Loin d’éviter la guerre, la trahison de Prague par la France et le Royaume-Uni la précipita, ouvrant la voie au pacte germano-soviétique du 23 août 1939, à l’invasion de la Pologne et au deuxième conflit mondial.
Les 14 et 15 février 2025, les représentants des États-Unis ont dévoilé aux dirigeants européens l’offre faite par Donald Trump à Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre d’Ukraine, sans consultation de Kiev ni de leurs alliés : arrêt des hostilités en échange de l’annexion par la Russie de 20% du territoire ukrainien; interdiction faite à l’Ukraine d’adhérer à l’Otan ; départ du président Volodymyr Zelensky à l’issue de nouvelles élections ; absence de garantie des États-Unis concernant le respect de l’accord et la sécurité de l’Ukraine ; réassurance de l’Ukraine par les seules troupes européennes en dehors de l’article 5 du traité de l’Otan.
Comme en 1938 face à Hitler, il s’agit donc d’une capitulation sans condition face à Poutine, dont l’intégralité des revendications se trouve satisfaite avant même l’ouverture des négociations. Et ce alors que son armée, en trois ans de guerre, s’est révélée incapable d’emporter la décision et que la Russie se trouve dans une impasse stratégique. Quatrevingts ans après la conférence de Yalta, qui vit Staline berner Roosevelt, à la veille de sa mort, en plaçant sous l’influence exclusive de l’Armée rouge l’Europe centrale
L’intégralité des revendications de Poutine se trouve satisfaite avant même l’ouverture des négociations.
et orientale en échange de son entrée en guerre contre le Japon, Poutine a ainsi su flatter l’ego démesuré de Trump pour obtenir un blanc-seing dans son projet de redessiner la carte de l’Europe pour reconstituer l’empire soviétique.
Non contente de livrer l’Ukraine à la Russie, l’administration Trump a prétendu lui faire payer le prix de l’aide qui lui a été apportée dans le passé par la prise de contrôle de ses terres rares. Dans le même temps, à Munich, le vice-président J. D. Vance a fait siennes les thèses de Poutine, en dénonçant la décadence et les failles de la démocratie en Europe, qui menacerait la liberté d’expression. Ceci alors que l’administration Trump viole ouvertement la Constitution des ÉtatsUnis en accaparant les pouvoirs du Congrès et en vassalisant la justice, tout en organisant un coup d’État numérique avec la prise de contrôle par Elon Musk des systèmes de paiements du Trésor et de gestion des fonctionnaires fédéraux.
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Chronique parue dans Le Point du 20 février 2025