Loin du « réarmement démographique » promis par Emmanuel Macron, l’effondrement des naissances constitue aujourd’hui un puissant facteur d’accélération de la crise française.
Longtemps, la démographie de la France a semblé défier tant la spirale de déclin qui emporte notre pays depuis les années 1980 que la chute des naissances dans le monde développé. Cette exception est terminée. Loin du « réarmement démographique » vanté par Emmanuel Macron – formule absurde car on ne fait pas des enfants comme on fabrique des canons -, l’effondrement des naissances constitue aujourd’hui un puissant facteur d’accélération de la crise française. Il est pour le moins étonnant que nul n’y prête attention alors que les retraites monopolisent l’action du gouvernement et le débat public. Le renouvellement des générations est en effet la condition première de la pérennité d’un système de retraite par répartition.
Au 1er janvier 2025, la population de la France s’élevait à 68,6 millions de personnes, dont 66,4 millions en métropole. En 2024 n’ont été enregistrées que 663 000 naissances, soit 2,2 % de moins qu’en 2023 et 21,5 % de moins qu’en 2010, pour 646 000 décès. Le solde naturel est donc pratiquement nul ; l’augmentation de la population n’est plus assurée que par l’immigration, dont le solde est officiellement évalué à 152 000 personnes, ce qui est très inférieur à la réalité. L’hiver démographique qui a rattrapé la France s’explique par l’écroulement de la fécondité, passée de 2,03 à 1,59 enfant par femme en métropole depuis 2010. Ce niveau est identique à celui de 1919, au lendemain du carnage de la Grande Guerre. Notre pays converge ainsi à vitesse accélérée vers la moyenne de l’Union européenne (1,46 enfant par femme), très loin du seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme).
Les raisons sont diverses et complexes. Le nombre de femmes en âge de procréer diminue et l’âge moyen de la maternité a progressé jusqu’à 31,2 ans, contre 25 ans pour les générations précédentes. Les jeunes adultes rencontrent des difficultés croissantes pour accéder à un emploi stable et se loger, avec une construction à son plus bas depuis 1952, et sont les premières victimes de la paupérisation de la population. Les difficultés pour les femmes de concilier vie familiale et vie professionnelle augmentent avec leur activité, notamment du fait de l’insuffisance et du coût des systèmes de garde. Le démantèlement de la politique familiale par François Hollande en 2014, avec l’amputation du quotient familial et la mise sous condition de ressources des allocations, a joué un rôle décisif en frappant de plein fouet les classes moyennes. Enfin, la multiplication des chocs et des crises, du krach de 2008 à la flambée d’inflation en passant par l’épidémie de Covid, de l’anxiété climatique au retour de la guerre en Europe, de l’extinction de la croissance à la faillite de l’État, exacerbée par l’impuissance des pouvoirs publics et le dérèglement des institutions, a plongé les Français dans une peur panique de l’avenir.
Les conséquences du violent décrochage de notre démographie sont majeures. La population entre dans une longue stagnation. Elle augmentera très lentement pour atteindre 69 millions de personnes vers 2045 avant de revenir à 68 millions en 2070. Son hétérogénéité, indissociable des problèmes d’intégration, se renforcera, puisque seule l’immigration compensera le déficit des naissances – alors que 33,6 % des naissances sont déjà issues d’au moins un parent étranger. Simultanément, le vieillissement va s’emballer, la part des plus de 65 ans progressant de 21,8 % aujourd’hui à plus de 30 % en 2030 contre 16,3 % en 2010. La croissance potentielle sera réduite à néant par le plafonnement de la population active autour de 30 millions de travailleurs, aggravé par la baisse de la productivité du travail (10 % depuis 2019) liée au vieillissement et à la déqualification. La diffusion du malthusianisme tue l’investissement et l’innovation. Les charges supplémentaires pour les comptes sociaux sont évaluées à 5 % du PIB, ce qui portera les transferts à un niveau insoutenable de 39 % du PIB. Le système de retraite implosera avec un rapport d’un actif pour un retraité contre cinq pour un dans les années 1960.
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Chronique parue dans Le Figaro du 27 janvier 2025