François Bayrou a renoncé aux transformations radicales du XXIe siècle.
François Bayrou a échappé, jeudi 16 janvier, à la première motion de censure visant son gouvernement. Le PS ne l’a pas votée, sans pour autant conclure un pacte de non-censure, et un partenariat implicite se dessine entre le Premier ministre et François Hollande. Mais à quel prix ! Alors même que l’abstention annoncée du RN excluait tout risque de renversement du gouvernement, la liste et le coût des concessions apparaissent démesurés pour un pays qui a perdu le contrôle de ses finances publiques et dont la dette se trouve sous la pression des marchés.
Un improbable « conclave » républicain est convoqué pour renégocier « sans tabou » la réforme des retraites portant l’âge légal de départ à 64 ans au moment même où il est révélé que le déficit du système n’est pas de 6,1 mais de 55 milliards d’euros – soit 2 % du PIB. Dans le même temps ont été actés plus de 3 milliards d’euros de dépenses de fonctionnement supplémentaires, notamment à travers l’annulation de 4 000 suppressions
Emmanuel Macron, qui aime à se mettre en scène en héritier de De Gaulle, n’est que le clone de Daladier.
de postes d’enseignants (150 millions d’euros), quand bien même on comptera 97 000 élèves en moins, l’abandon des trois jours de carence en cas d’arrêt maladie dans la fonction publique (300 millions), la garantie du pouvoir d’achat pour les fonctionnaires (800 millions), la hausse de l’objectif de progression des charges de l’Assurance maladie (300 millions).
L’objectif de François Bayrou n’est pas de redresser la France, mais de durer à tout prix. Et cette durée, comme l’a souligné François Hollande, dépend entièrement du PS, qui entend mettre cette position de force au service exclusif de ses clientèles électorales. Sous l’invocation de la stabilité des institutions pointe ainsi l’amplification de la logique du « quoi qu’il en coûte » et du « taxer plus pour dépenser et emprunter plus ». Sous l’appel à la culture de gouvernement s’affiche une irresponsabilité illimitée qui conduit au sacrifice délibéré de l’économie, des finances et de la souveraineté de notre pays.
Le gouvernement de François Bayrou constitue une étape supplémentaire et critique dans la crise de la France. Il enferme la vie politique dans un monde virtuel, coupé de tout lien avec le réel, prisonnier d’un éternel retour vers un passé mythique dont témoigne le serpent de mer de la réforme des retraites. Il scelle le renoncement à l’action, et donc la capitulation de la France devant les transformations radicales du XXIe siècle.
C’est à raison que François Bayrou a placé son discours de politique générale sous le signe de la menace financière, politique et morale que représente l’envolée de la dette publique. Mais ses non-décisions réduisent son propos à néant. Alors même que l’objectif du déficit public pour 2025 a été porté de 5 à 5,4 % du PIB, les dépenses supplémentaires et l’effondrement de la croissance, qui se situera entre 0 et 0,4 %, le conduiront entre 6 et 6,5% du PIB, avec une dette qui frôlera 120% du PIB en fin d’année. La crise de la France s’est emballée depuis la dissolution : hiver démographique, activité à l’arrêt, productivité en chute, désindustrialisation galopante, envol des faillites et du chômage, paupérisation des masses, explosion du déficit et de la dette publics, violence endémique, effacement diplomatique et marginalisation en Europe, impuissance gouvernementale.
En parfait accord avec Emmanuel Macron, dont la seule ambition se réduit à ne pas démissionner avant la fin de son quinquennat, François Bayrou a pris le parti d’installer la vie politique française dans une bulle faite de postures et de formules rhétoriques déconnectées du monde du XXIe siècle comme des attentes des Français – le blocage de la consommation et la hausse du taux d’épargne montrent que les citoyens analysent la situation et réagissent de manière autrement plus juste et efficace que ceux qui prétendent les gouverner. Au sein d’une planète où tout va plus vite, comme le prouvent les ruptures provoquées par Donald Trump, la France est immobile, figée dans une vision, des principes, des modes d’action, des positionnements datant de la guerre froide et des économies administrées par une régulation keynésienne.
[…]
Lire la suite de l’éditorial sur lepoint.fr
Chronique parue dans Le Point du 23 janvier 2025