Avant même son investiture, Donald Trump a commencé à redessiner le capitalisme et le système international. Il assume désormais une Amérique impériale qui se réclame des mêmes principes que les tyrannies et les régimes autocratiques du XXIe siècle.
Donald Trump, fort de sa victoire totale ainsi que de sa maîtrise du Congrès et de la Cour suprême, confirme qu’il n’est plus l’homme de la protestation mais qu’il entend s’imposer comme le leader de la révolution de l’Amérique et du monde. Contrairement à 2017, il a planifié sa prise du pouvoir, effectué les nominations de ses fidèles aux postes clés, arrêté un impressionnant programme d’« executive orders » pour défaire l’héritage de Joe Biden, renvoyé pour l’histoire à une simple parenthèse entre ses deux mandats.
Avant même son investiture, Donald Trump a commencé à redessiner le capitalisme et le système international : fusion de son Administration avec la finance et la Big Tech ; abandon des normes ESG et des politiques de diversité ; réorientation des échanges et des paiements mondiaux ; lancement du projet d’une grande Amérique, de Panama au pôle Nord ; mise au point avec la Russie d’un agenda de négociations sur un arrêt de la guerre en Ukraine ; cessez-le-feu à Gaza qui est mis à son seul crédit pour avoir réussi à forcer la main de Benyamin Netanyahou et du Hamas – cessez-le-feu qui lui vaut la reconnaissance inattendue du Sud, où il est perçu comme un pacificateur et un homme du dialogue entre les grandes puissances du XXIe siècle.
Donald Trump s’est associé avec Elon Musk pour créer une mécanique de choc, de tension et de vitesse lui permettant de réaliser une rupture majeure dans l’histoire des États-Unis. Il vise à refermer l’identification des États-Unis à la liberté politique et au primat de la Constitution, comme le cycle de la réassurance du monde libre qui s’ouvrit en 1917 avec Woodrow Wilson et s’est refermé en 2024 avec Joe Biden. L’Amérique du XXIe siècle ne sera pas démocratique, ouverte et universaliste, mais oligarchique, protectionniste et impériale.
Le leader du peuple Maga entend couper le lien existentiel de l’Amérique avec la démocratie libérale, en refusant de respecter le suffrage universel, la séparation des pouvoirs, l’État de droit, la modération, la liberté d’information, la tolérance envers les minorités. Il scelle une alliance inédite et dangereuse entre un homme fort au tempérament despotique, les milliardaires de Wall Street et de la Silicon Valley, les industries de la finance – au moment où les États-Unis concentrent la moitié des flux de capitaux mondiaux – et de la technologie – en confortant le monopole de l’IA par le retour à l’absence de régulation du secteur numérique qui fonde les attaques contre l’Union européenne. La diminution drastique des impôts pour les plus riches, des dépenses fédérales, des agences et des normes, sur fond de confusion systématique entre l’intérêt national et les intérêts privés, ouvre la voie à un capitalisme de prédation. Ces évolutions marqueraient la transformation des États-Unis en une démocratie illibérale, que seules l’autonomie des États et la vitalité de la société civile peuvent enrayer.
L’impact sur l’économie et la géopolitique du monde n’est pas moins fort. La généralisation du protectionnisme, avec la très forte hausse des droits de douane mais aussi la dérégulation massive qui créera une divergence majeure avec les autres pays développés, implique une forte chute mais aussi une profonde réorientation des échanges et des flux de capitaux, allant jusqu’à un risque d’effondrement comparable à celui provoqué dans les années 1930 par le tarif Hawley-Smoot de juin 1930. Il confortera la fragmentation et l’arsenalisation du monde, avec la transformation des échanges, de la technologie, de l’énergie, de l’alimentation, de la santé ou des flux migratoires en armes.
Le refus de tout principe et de toute règle nie le principe même d’un ordre international, laissant le champ libre aux ambitions impériales et à la pure politique de puissance. Les revendications sur le Panama, le Canada ou le Groenland, au nom de la sécurité nationale des États-Unis, s’inscrivent dans cette logique, qui se refuse à exclure le recours à la force armée, au mépris non seulement de la souveraineté nationale, de l’inviolabilité des frontières et du droit de peuples à disposer d’eux-mêmes mais aussi d’alliances de très longue date, au premier rang desquelles l’Otan.
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Chronique parue dans Le Figaro du 20 janvier 2025