En érigeant le projet de loi de finances pour 2025 en arme de destruction massive de l’économie, la politique budgétaire poursuivie par les gouvernements de Michel Barnier puis de François Bayrou va exactement à l’opposé des intérêts de la France.
La France aborde 2025 dans une situation sans précédent depuis 1958. Avec quatre gouvernements en 2024, elle est plongée dans une instabilité inconnue depuis la IVe République et subit de plein fouet l’absence de pouvoir exécutif. Elle ne dispose pour l’heure pas de budget pour 2025 alors que la dette publique qui atteint 3 300 milliards d’euros est sortie de tout contrôle et qu’elle est rattrapée par la crise financière avec l’envol des taux d’emprunt, la dégradation de sa signature par les agences de notation et l’enclenchement de la procédure de déficit excessif par la Commission européenne. Dans le même temps, l’économie est entrée en récession, avec pour conséquence l’explosion des faillites et la remontée du chômage.
L’intérêt supérieur de la nation commande donc de donner une priorité absolue à la reprise du contrôle des finances publiques. Et celle-ci, comme le montre le redressement des pays scandinaves, de l’Irlande, du Portugal ou de la Grèce, a pour condition la réorientation du modèle économique vers la production, indissociable d’une révision à la baisse de la redistribution et de la régulation. Cette stratégie recoupe le plan d’action proposé par Mario Draghi pour relancer l’Union européenne. Or la politique budgétaire poursuivie par les gouvernements de Michel Barnier puis de François Bayrou va exactement à l’opposé, érigeant le projet de loi de finances pour 2025 en arme de destruction massive de l’économie et en accélérateur de la crise financière.
Michel Barnier s’était fixé à juste titre pour objectif de ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2025. Mais il a commis une erreur fatale en renonçant à couper dans les 1 600 milliards de dépenses publiques pour planifier un choc fiscal de près de 40 milliards, dont les deux tiers supportés par les entreprises. Son projet n’a pas été voté et a entraîné la chute de son gouvernement. Mais ses conséquences sur l’économie et la société ont été dévastatrices : mise à l’arrêt de l’activité, envolée des faillites et des plans sociaux (66 420 entreprises entraînant la suppression de 260 000 emplois), blocage de la consommation et bond du taux d’épargne à 19 % du revenu disponible, dégradation des banques françaises et plongée du CAC 40 de 2,5 % contre une hausse de 5 % pour le Footsie 100, 20 % pour le Dax, 23 % pour le S&P 500 et 30 % pour le Nasdaq.
La censure du gouvernement de Michel Barnier, pour être un non-sens politique et générer une incertitude délétère, était justifiée sur le plan économique. Son projet de budget poussait à l’extrême le principe qui ruine la France depuis quarante ans : taxer plus pour dépenser et s’endetter plus. Il laminait méthodiquement les secteurs vitaux du luxe, de l’aéronautique, de l’automobile, de l’énergie, de l’immobilier et de la construction. Il revenait donc à François Bayrou de maintenir la réduction du déficit tout en limitant les dommages portés à l’économie. Mais, dans notre pays, on ne change jamais une politique qui perd, on l’amplifie. D’où le choix suicidaire de prendre pour base de travail le projet mort-né de Michel Barnier, mais avec plus de déficit, plus de dépenses, plus d’impôts, et donc plus de dette.
Ainsi, l’objectif de déficit a été porté de 5 % à 5,4 % du PIB. Il n’a aucune chance d’être tenu pour deux raisons. D’un côté, la dérive des dépenses liées à la hausse des rémunérations dans la fonction publique, à l’Assurance-maladie, voire à la suspension de la réforme portant l’âge légal de départ à 64 ans, afin d’arracher l’abstention du PS pour un coût d’environ 20 milliards d’euros. De l’autre, l’effondrement de l’activité qui ôte toute crédibilité à l’hypothèse de croissance de 0,8 % avancée par le gouvernement. L’aggravation du choc fiscal, mêlant des mesures rétroactives sur les profits et les revenus de 2024 au mépris de la Constitution, la surtaxation des patrimoines et des successions, la hausse des impôts sur la production et les dividendes ou encore le retour de l’exit tax, pourrait même provoquer une récession durable. Avec pour effet immédiat un déficit autour de 6 % du PIB et une dette publique de l’ordre de 118 % du PIB. Avec pour conséquence structurelle l’effondrement de l’appareil productif et de la croissance potentielle.
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Chronique parue dans Le Figaro du 13 janvier 2025