Pour la première fois depuis 1945, l’Union ne peut plus s’arrimer aux États-Unis.
Le premier quart du XXIe siècle s’achève sur la clôture du cycle de la mondialisation et l’ouverture d’une nouvelle ère placée sous le signe de la rivalité des puissances, de la primauté des États, de la priorité à la sécurité. Le système mondial est désormais multipolaire, hétérogène, volatil et incertain. La hiérarchie des nations et des continents s’en trouve bouleversée.
L’année 2025 actera ainsi le basculement du rapport de force en faveur des États-Unis, qui renouent avec l’hyperpuissance grâce à la croissance de leur population, aux gains de productivité du travail, à la domination des secteurs clés de l’énergie, de la technologie, de l’espace et de la finance, enfin à leur suprématie militaire. À l’inverse, la Chine est encalminée dans une déflation à la japonaise. La Russie paie l’invasion de l’Ukraine d’un naufrage démographique, économique et stratégique. L’Iran assiste impuissant à l’implosion de son empire. Recep Tayyip Erdogan sort renforcé de la chute de Bachar el-Assad en Syrie, mais reste fragilisé par la déconfiture économique et financière de la Turquie. L’émergence du Sud est freinée par l’implosion de la mondialisation et par son alignement sur la Chine et la Russie.
La grande perdante de cette nouvelle donne reste cependant l’Europe. En 2025, pour la première fois depuis 1945, elle subira un découplage économique, commercial, juridique, financier et stratégique avec les États-Unis. Et ce, au moment où la réorientation des exportations chinoises, bloquées en Amérique, submergera son grand marché. Dans le même temps, Donald Trump entend négocier seul avec Vladimir Poutine un cessez-le-feu en Ukraine. Faute de garanties de sécurité effectives des États-Unis, il risque de n’être qu’un sursis avant une nouvelle agression de la Russie contre l’Europe, qui supportera par ailleurs le coût de la reconstruction de l’Ukraine, assurée pour l’essentiel par les entreprises américaines.
Au-delà de cette année à haut risque, l’Europe paraît promise au déclin du fait de son impuissance face aux défis de long terme qu’elle doit relever. Défi économique, avec une croissance potentielle réduite à 0,4 % par an contre 2,5 % aux États-Unis. La démographie chute, avec une fécondité de 1,5 enfant par femme; la productivité stagne, en raison de la faiblesse de l’innovation et de la dégradation de l’éducation; l’investissement est limité à 11,5% du PIB contre 14 % aux États-Unis. Défi industriel, avec la prise en tenailles entre les États-Unis, qui dominent l’IA, et la Chine, qui s’est construit à grand renfort d’aides publiques un monopole dans les technologies de la transition écologique. Défi social, avec la paupérisation qui résulte de la décroissance, l’écart de richesse par habitant avec les États-Unis, qui atteint 52 %. Défi financier, avec l’exportation de 300 milliards d’euros par an d’épargne vers les États-Unis et une balance des investissements directs étrangers négative de 2% du PIB quand les besoins pour la réindustrialisation, l’IA, la transition écologique et le réarmement s’élèvent à plus de 5 % du PIB. Défi stratégique, face à la menace existentielle de la Russie et au tournant isolationniste des États-Unis, alors que l’Europe n’affecte que 1,7 % de son PIB à sa défense contre un objectif réaliste de 3 % du PIB. Défi politique, avec la montée des populismes et des régimes illibéraux, qui contestent les valeurs de l’Union et entendent désormais en prendre le contrôle.
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Chronique parue dans Le Point du 9 janvier 2025